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Rencontre avec le dessinateur Tomi Ungerer, éternel garnement


Le dessinateur Tomi Ungerer, qui fête ses 80 ans, est un infatigable créateur qui multiplie les modes d’expression et ne cesse d’étudier pour décupler son inspiration. Rencontre chez lui, à Strasbourg.

Pour quelqu’un qui n’aime pas les anniversaires, Tomi Ungerer, 80 ans depuis le 28 novembre, se voit pourtant célébré avec faste: une magnifique biographie et une exposition événement dans le musée qui porte son nom, à Strasbourg. Pour l’occasion, il séjourne quelque temps dans sa ville natale, lui l’Irlandais d’adoption.

Il reçoit dans son appartement, au dernier étage de la maison qui fut conçue par son père. Vif, drôle, jonglant entre le français, l’anglais et l’allemand, il passe d’un bon mot à un autre, d’une blague à une savante maxime, l’œil brillant et gai, et évoque ses nombreux projets comme s’il avait toujours 20 ans. «Dans la tête, l’âge est relatif, explique-t-il. Quand je suis malade, fatigué, j’ai 90 ans. Mais quand tout fonctionne bien, je suis mon propre garnement ! »
 

«La naïveté, c’est l’innocence» 

«Garnement» ! Aucun mot ne pourrait mieux définir ce grand auteur surtout connu en France pour ses livres pour enfants, à commencer par Les Trois Brigands, mais qui n’a jamais cessé de multiplier les modes d’expression : affiches, sculptures, dessins…
« Je n’arrête pas de faire des blagues, s’amuse le bonhomme en éclatant de rire. Et mes enfants aussi. Je tombe dans le panneau, et ma naïveté me réjouit. La naïveté, c’est l’innocence. Je suis comme un gamin !» Tout récemment encore, il s’est fait passer pour un policier dans un aéroport turc pour pouvoir allumer une cigarette – il fume comme un pompier. Il le raconte avec délectation : «Si l’officier avait mieux regardé la carte que je lui tendais, je serais en prison à l’heure qu’il est!»

«Un petit garçon hypersensible»
Si les événements de la vie ont naturellement amené Tomi Ungerer à emprunter la carrière artistique – une famille aux dons multiples, véritable dynastie d’horlogers, un père lui-même horloger, mais également écrivain et dessinateur de talent, une enfance passée à dessiner… –, ils l’ont aussi bouleversé, fragilisé, dès son plus jeune âge.
Il a 3 ans quand son père meurt de septicémie, puis il passe ses jeunes années enfermé chez lui en raison d’une santé défaillante.
Lorsqu’il a 8 ans, la guerre éclate. Bientôt, l’Alsace est annexée et le petit Tomi découvre la propagande nazie à l’école… «Je suis né avec l’anxiété, confirme-t-il aujourd’hui. J’étais un petit garçon hypersensible… Il y a des enfants plus sensibles que d’autres. C’est pourquoi je les défends tellement.»

Droits de l’enfant
Depuis ses livres, dont les tout premiers furent écrits pour eux, jusqu’à ses années de collaboration avec Jack Lang pour lequel il œuvra en matière d’éducation, en passant par sa participation à l’élaboration de la convention des droits de l’enfant du Conseil de l’Europe, Tomi Ungerer a en effet toujours pensé à eux, inventé, rêvé pour eux.
«L’essentiel est de leur enseigner la curiosité, assure-t-il. Une fois qu’ils sont curieux, ils deviennent collectionneurs – de connaissances, d’expériences. Alors ils peuvent comparer. Et lorsque l’on compare, les idées surgissent.»

L’Alsace de son enfance
Il a lui-même fait de sa vie un champ d’expériences : de nombreux voyages avec trois sous en poche, un départ pour l’Amérique sans avoir jamais publié, le succès immédiat, là-bas, puis le désamour pour cause, notamment, de militantisme anti-ségrégation et de critique acerbe de la société, l’emménagement avec sa femme, Yvonne, dans une province perdue du Canada, le départ enfin pour l’Irlande, et l’installation dans une ferme dépourvue de tout confort… Cela loin, fort loin, de la France, qu’il ne retrouvera que bien plus tard, pour promouvoir l’amitié franco-allemande et revenir dans l’Alsace de son enfance. «J’ai ici mes racines, dit-il. J’emmène mes branches et mon feuillage.»

Du collage au dessin, du livre à la sculpture
Ce besoin constant de bouger, de créer, encore et toujours, Tomi Ungerer le sublime à sa table de travail, où il passe d’un collage à un dessin, d’un livre à une sculpture. Voire à une invention d’un tout autre genre : « roue de l’énergie » à destination du tiers-monde, méthode de lecture pour aveugles… Son esprit ne se repose jamais.
«J’ai eu cette chance de ne pas aller à l’université. Je n’ai pas de connaissances toutes faites. Quand on se fait sa propre éducation, on lit ce qu’on veut, on étudie ce qu’on veut, on butine. Et pourquoi butine-t-on ? Pour du miel !» assure-t-il dans un sourire.
Et d’évoquer ses maîtres, ou plutôt son plus grand maître : le retable d’Issenheim, de Matthias Grünewald. Le bus s’arrêtait devant, lorsqu’il était enfant. Alors quand il l’attendait, ou lorsqu’il pleuvait, le petit Tomi se réfugiait auprès de lui et l’étudiait des heures durant. Il l’a copié, comme il recopiait des planches entières du Larousse « rose ».

«Quand je n’ai pas d’inspiration, j’étudie»
Aujourd’hui il continue : « Quand je n’ai pas d’inspiration, j’étudie. L’anatomie, la botanique, les costumes. »Ou bien il lit : «J’en reviens toujours à Céline, Chateaubriand, Nerval… Mais mon amour des mots remonte à mes lectures de Jarry et des journaux de Jules Renard.»
Un sourire coquin, et il ne résiste pas à l’envie de raconter sa dernière blague : «Quels sont les premiers pas de l’enfant?» «Le passage piétonnier» (à prononcer avec l’accent alsacien : le bas âge piétonnier)!

«Une vie sans défi serait ennuyeuse»
Quand il redevient sérieux, Tomi Ungerer accepte d’évoquer la religion, lui qui, élevé dans un protestantisme rigoureux, s’est longtemps senti proche du catholicisme. «Je doute, mais mon doute accepte tout. J’ai cherché avec beaucoup de bonne volonté. Mais je ne pense pas que nous soyons là pour tout savoir.»

Pourtant il prie tous les soirs. «Je prie pour remercier. Je ne sais pas à qui vont mes prières, mais j’ai besoin de manifester ma gratitude.»De la gratitude, il en éprouve quand il regarde le chemin parcouru, ou quand il évoque le récent voyage effectué avec sa fille aux États-Unis.

Pendant des années, après son départ, il y fut honni. Il y a reçu un accueil formidable. Rien qui pourtant ne le rassure ou l’apaise. «Le succès est un champ de mine», dit-il. Mais d’ajouter : «Une vie sans défi serait ennuyeuse. J’ai horreur du beau temps : il me faut un ciel avec des nuages. Il me faut un défi.» 


YAËL ECKERT (à Strasbourg)


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